Presse libre

Presse libre

2014, impression numérique sur papier journal, accrochage quotidien, dimensions variables.

« Ce mois-ci, il y avait des millions d’images. Aujourd’hui peut-être quelques centaines. Puis il restera seulement cette copie terne d’un temps très coloré. »

Alighierro e Boetti

Pourpre, rose, parme, vert, bleu gris, bleu ciel, moutarde, corail, gris clair, bleu canard, gris foncé. Au fil des jours, beaucoup de couleurs se succèdent sur le mur. Ce sont des monochromes imprimés sur des feuilles de format et épaisseur de papier journal standard que l’artiste vient changer chaque jour dans l’espace d’exposition. Il les accroche à partir de la grille de punaises qu’il construit au préalable et dans celle-ci naissent toutes les variations et fantaisies. Tantôt les feuilles volent à partir d’un point d’accroche, tantôt elles sont tendues grâce à quatre accroches, tantôt elles sont contractées, enroulées ou pliées.

Le protocole d’accrochage est la structure de l’œuvre. Yannis Perez renouvelle avec la feuille de journal l’idée du Wall Drawing mis en place par Sol LeWitt en 1968 mais sans aucun dessin. Il s’agit d’accrocher les feuilles monochromes en étudiant comment elles pourront soit être laissées à leur gravité, soit étendues, soit contractées.

Sur le mur se déploie un journal de monochrome. Derrière la rigidité de son aspect protocolaire, l’œuvre confronte un reste d’abstraction moderniste à l’abstraction de l’actualité. Ici et maintenant, rien à lire d’autre que des couleurs. Les feuilles monochromes nous renvoient silencieusement aux abstractions de ce que nous lisons tous les jours : des contenus distanciés de leur source, formulés, reformulés, triturés. Abstraho dit le dictionnaire Gaffiot, détaché de, distancié de. Alors avant de lire les journaux, regardons changer les feuilles de couleur sur le mur, soyons attentif à la manière dont la lumière se pose sur chacune. Regardons ces feuilles de couleur frémir et tomber. Puis demain d’autres couleurs fraiches. Presse libre : face au mur chacun de nous rêve chaque jour son journal.

Maud Maffei